Sur un chantier BTP, le choix du bois ne s’improvise pas. Une essence inadaptée à son environnement ou sous-dimensionnée mécaniquement peut compromettre la solidité d’une structure entière, parfois des années après la livraison. Charpente, ossature, bardage, plancher : chaque usage appelle un bois précis. Voici ce qu’un artisan ou un professionnel du bâtiment doit savoir avant de passer commande.

Les essences les plus utilisées en structure et charpente

charpente en bois de sapin et douglas sur un chantier de construction neuve

La grande majorité des bois de structure provient d’essences européennes. Chacune a ses forces et ses limites.

L’épicéa ou sapin est couramment utilisé pour l’ossature bois (maisons, extensions, hangars). Robuste et économique, sa faible résistance à l’humidité impose une protection adaptée.

Le douglas est idéal pour l’ossature, le bardage et les terrasses. Légèrement plus coûteux, il offre une résistance naturelle aux intempéries et une bonne longévité sans traitement chimique lourd.

Le mélèze, très résistant au froid et à l’humidité, est apprécié en bardage extérieur. Sa teinte brun clair évolue vers le gris avec le temps, sans perte de propriétés.

Le chêne, pilier de la construction depuis des siècles, reste incontournable pour les charpentes traditionnelles. Sa densité élevée le rend adapté aux pièces soumises à de fortes charges. Pour approfondir cette notion, l’article sur la Masse Volumique du Bois : Comprendre la Densité des Essences permet de comparer les essences entre elles.

Au-delà du bois massif, le lamellé-collé (assemblage de lamelles collées) permet de franchir de grandes portées en charpente. Le bois abouté, quant à lui, assemble plusieurs pièces pour obtenir de grandes longueurs. On le trouve en sapin/épicéa et en douglas, traité ou non.

Classes d’emploi et traitement : le cadre réglementaire

La norme NF EN 335 définit 5 classes d’emploi selon les risques d’exposition à l’humidité. Le principe est simple : plus le bois est exposé, plus sa résistance doit être garantie, par durabilité naturelle ou traitement.

  • Classe 1 : bois sec (humidité toujours inférieure à 20%). Charpente, solivage, parquets intérieurs.
  • Classe 2 : humidité occasionnellement supérieure à 20%. Charpentes courantes sous couverture.
  • Classe 3 : extérieur, humidité régulièrement supérieure à 20%. Bardages, menuiseries extérieures.
  • Classe 4 : contact permanent avec le sol. Poteaux, pieux.
  • Classe 5 : contact permanent avec l’eau. Ouvrages hydrauliques, pontons.

Bon à savoir : les bois structurels commercialisés sont conformes à la norme NF EN 338, qui définit les classes de résistance mécanique. La lettre indique le type (C pour résineux, D pour feuillus, GL pour lamellés-collés) et le chiffre correspond à la valeur en mégapascals (MPa) du point de rupture en flexion.

Certains bois possèdent une durabilité naturelle ; d’autres ne l’obtiendront qu’après traitement autoclave ou thermochauffant. Un traitement permet de mettre en oeuvre un bois dans une classe d’emploi supérieure à sa classe d’origine. C’est là que le choix du Bois de construction traité ou non prend toute son importance selon les contraintes du chantier. La norme NF EN 350 évalue par ailleurs la résistance naturelle des essences aux agents biologiques (insectes, champignons).

Les critères de sélection pour un professionnel

En pratique, un artisan ne choisit pas son bois uniquement sur la résistance mécanique. Plusieurs facteurs entrent en jeu simultanément :

  • La classe d’emploi adaptée à l’exposition réelle du chantier
  • La section et la portée à couvrir (lamellé-collé pour les grandes portées)
  • Le taux d’humidité du bois livré, qui influe directement sur le comportement en oeuvre
  • La certification (FSC, PEFC) pour répondre aux exigences des marchés publics ou des labels environnementaux

En comparaison à l’acier ou au béton, le bois de construction génère de 26 à 31 % de gaz à effet de serre en moins, un argument de poids dans les appels d’offres intégrant des critères environnementaux.

Point d’attention : la durabilité naturelle ne s’applique qu’au duramen (coeur du bois). L’aubier est, par définition, non durable. Vérifiez la proportion d’aubier dans les pièces livrées, surtout pour les sections exposées à l’humidité ou aux insectes xylophages.

pièces de bois douglas et épicéa calibrées en stock dans un entrepôt de négoce de matériaux

Réglementation et traçabilité

La construction bois en France s’inscrit dans un cadre précis : les normes NF EN 335, NF EN 350, NF EN 460 et NF EN 599 encadrent l’usage des bois en ossature, charpente, planchers et agencement. La norme NF B 52-001 régit en parallèle le classement visuel, réalisé en scierie ou chez le distributeur, qui conditionne l’utilisation du bois en structure porteuse. Un bois mal classé mis en oeuvre dans une charpente porteuse peut poser des problèmes lors des contrôles ou des sinistres.

Côté approvisionnement, les distributeurs sérieux proposent des bois issus de forêts gérées durablement (certifications FSC et PEFC). Ce circuit national permet de parer aux risques de pénurie, comme cela s’est produit en 2021.

Sur les chantiers réglementés (ERP, logements collectifs, marchés publics), exigez systématiquement les fiches techniques des bois livrés avec le marquage CE et la classe de résistance indiquée. C’est la base pour justifier vos choix en cas de contrôle ou de levée de réserves.

Bien choisir son bois de construction, c’est croiser trois informations : l’usage réel, la classe d’emploi correspondante et la résistance mécanique nécessaire. Un approvisionnement rigoureux, avec des essences certifiées et des fiches techniques à jour, évite la grande majorité des problèmes rencontrés sur chantier.